samedi 13 février 2010

Bronson

En 1974, Michael Peterson, jeune délinquant de 19 ans, se retrouve en prison pour sept ans à la suite d’un vol raté dans un bureau de poste. Michael se sent heureux en prison et il fait tout en son pouvoir pour aggraver sa peine à chaque veille de libération.
Ses sept années de détention se transforment de façon cumulative en 34 années, dont 30 passées en cellule d’isolement. Même s’il n’a jamais commis de meurtre, il a passé toute sa vie à frapper et à agresser quiconque le contredisait.

Bronson est le sixième film du danois Nicolas Winding Refn.


À l'instar de Barton Fink des frères Cohen, sorti en 1990, Bronson apparaît comme un exercice de style qui révèle de multiples tiroirs, qui suscite de nombreuses réflexions possibles au grès de l'avancée du film.
Oeuvre abstraite, ce film philosophique portant sur la question de la condition humaine, suggère sans jamais les poser, des interrogations théoriques de façon extrêmement crue et viscérale.
Ce film que l'on peut qualifier de ''film-concept'' s'interroge sur l'identité et la liberté de l'Homme.



À la base, Nicolas Winding Refn ne voulait pas faire ce film.
Refn s'est approprié ce qui était au début une pure commande qu'il ne souhaitait pas tourner mais qu'il se résout à réaliser afin d'éponger de trop nombreuses dettes accumulées depuis ces premiers films (notamment la trilogie des Pusher).
La preuve que souvent, les meilleurs films sont ceux où les réalisateurs, pour des raisons annexes, sont contraints de se remettre en question et proposent au spectateur un point de vue complètement différent de ce que l'on peut attendre.

Il fait place à une oeuvre expérimentale qui témoigne du regard distant et ironique que pose Refn sur un sujet qu'il traite comme un exutoire à sa longue réflexion sur Valhalla Rising, le Guerrier silencieux (sortie prévue en France: le 10 mars) qu'il préparait déjà avant Bronson.

Par ce vrai-faux biopic, Refn va jeter toute sa frustration et se donner le droit d'en faire beaucoup (trop) en Acting, en direction artistique, en mise en scène pour pouvoir être plus sobre, plus intelligent, plus maitrisé sur Valhalla Rising.
L'excellent Tom Hardy est bien souvent à la limite du sur-jeu, ce qui colle parfaitement avec ce que le réalisateur fait du film, à savoir une oeuvre artistique, expérimentale; une peinture de la condition humaine, un portrait d'un incompris.


Impossible de ne pas rapprocher ce processus créatif de celui qui anima les frères Cohen lorsqu'ils rédigèrent Barton Fink, en plein réflexion sur Miller's Crossing (1991).
Dans les deux cas, ces films presque accidentels, en tout cas pas prioritaires pour leurs auteurs, traitent chacun à leur manière d'une introspection maladive, une peinture d'êtres esseulés, marginaux, qui questionnent leur identité et leur place dans le monde, pour finalement trouver dans la création artistique une parcelle de liberté.

Bronson ne sait pas ce qu'il veut, fait des choses sans savoir pourquoi il les fait.
Il se pose sans cesse cette question: pourquoi on ne me comprend pas? Et, petit à petit, on entre dans la psychique du personnage et on regarde toutes ces scènes géniales où Refn nous montre Charles Bronson en train de dessiner, d'écrire, de créer.

Dans ce plan où on voit Bronson nu, couvert de peinture noire, tenant ce masque, tout est dit.
Il n'est quelqu'un qu'à travers ce qu'il fait, ce qu'il crée.


À la manière du film kafkaïen de Joël et Ethan Cohen, Nicolas Winding Refn utilise le parcours de Bronson pour mieux s'interroger, comme il l'avait fait dans Pusher 2 (2004). Il s'agit là d'une oeuvre profondément intime.
Un film introspectif par excellence, à la narration atypique puisqu'il ne traite pas réellement de l'évolution du personnage mais de son énigme intérieure.

Bronson est aussi un projet double. D'un côté, en inspectant sa frustration de créateur à travers des tableaux vivants qu'il emprunte au théâtre; de l'autre, en auscultant le for intérieur d'un personnage en apparence vide et creux, qui frappe sans réfléchir et sans savoir ce qu'il veut.


«J'avais une vocation. Le problème, c'est que je ne savais pas laquelle»


Bronson pose toute une série de questions.
Est-ce que je me définis par rapport à l'autre? Par rapport à mon éducation? Par rapport à mon environnement?
Est-ce que je me définis par rapport à ma capacité à penser? Par rapport à ma capacité à créer?
Et quand bien même je trouverai ma liberté dans ma capacité à créer, est-ce que je n'ai pas besoin de l'autre dans mon processus créatif?

Au delà des codes sociaux, des masques, du contexte ou de l'éducation, c'est finalement dans l'art vivant, violent, hystérique, démesuré, irréfléchi, dont le perpétuel mouvement s'oppose à l'immobile prison sociétale et aux êtres figés qui la compose (ses parents, le directeur de la prison), que Bronson trouve une source de libration, tant pour le personnage qu'il incarne, que pour le réalisateur.


En cela, Bronson est davantage une oeuvre kubrickienne (scènes se déroulant dans l'asile), cérébrale, parfois théorique, mais toujours portée par le désir l'absolution et de liberté. Et comme Refn, libre de créer mais au prix de contraintes financières, le film se conclu sur un être qui pense avoir trouvé sa part de liberté dans une cage en acier aux allures de cercueil.

Bande-annonce:


Bronson
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Première séquence du film, sur The Electrician des Walker Brothers.

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